Norma Jean n’a jamais cherché à plaire, et Deathrattle Sing for Me confirme cette posture avec une évidence presque brutale. Le titre lui-même pose le décor : un dernier souffle qui devient chant, une agonie qui se transforme en performance. Le groupe géorgien, référence absolue du metalcore le plus dissonant, continue de creuser un sillon qu’il a lui-même tracé au début des années 2000, sans jamais chercher à l’adoucir pour séduire un public plus large.
Le râle comme mélodie
Ce qui frappe d’entrée, c’est la manière dont les guitares refusent la ligne droite. Les riffs partent dans des angles imprévus, s’arrêtent net, repartent sur un tempo différent, comme si la structure du morceau se réécrivait en temps réel. La voix suit ce chaos avec une rage rauque, criée plus que chantée, qui donne l’impression d’un corps à bout de souffle qui continue malgré tout à hurler. Il y a dans cette approche quelque chose de viscéral qui rappelle les débuts les plus abrasifs du groupe, sans que ce soit une simple redite : la dissonance ici sert un propos, elle n’est jamais gratuite.
L’autoproduction à vif
Le disque a été autoproduit par le groupe, et cela s’entend dans le grain de la production, plus organique, moins lissé que certains efforts précédents. Les silences comptent autant que le bruit : des passages presque nus laissent place à des respirations tendues avant que tout ne reparte dans une explosion de rythmiques cassées. La batterie, en particulier, joue un rôle de chef d’orchestre chaotique, imposant des ruptures qui déstabilisent l’auditeur au moment où il croit avoir trouvé un point d’ancrage.
Fidèles à l’abrasion
On pourrait reprocher au groupe une certaine prévisibilité dans son imprévisibilité, tant la formule du chaos maîtrisé est devenue sa marque de fabrique depuis longtemps. Mais c’est précisément cette fidélité à une identité sonore âpre qui rend l’écoute convaincante : il n’y a pas de compromis mélodique, pas de refrain calibré pour les radios, juste une tension permanente qui ne se relâche jamais vraiment. Les amateurs de metalcore plus accessible risquent de se sentir perdus, mais ce n’est clairement pas le public visé.
Deathrattle Sing for Me n’est pas un disque qui cherche à convertir de nouveaux venus au metalcore chaotique : il s’adresse à ceux qui savent déjà ce qu’ils viennent chercher chez Norma Jean, et il le leur donne sans retenue. C’est un album exigeant, parfois difficile d’accès, mais qui possède une cohérence interne rare dans un style où la surenchère technique tourne souvent à vide. Le groupe prouve une fois de plus qu’il reste l’un des rares à pouvoir faire du chaos une structure, et de la dissonance une signature reconnaissable entre mille.







