Dez Fafara avait prévenu : ce diptyque serait le disque de sa carrière. Dealing with Demons I arrive donc chargé d’une ambition qui dépasse le simple groove calibré pour festival. On y retrouve la mécanique DevilDriver habituelle, double grosse caisse martelée, riffs qui tournent en boucle jusqu’à l’hypnose, mais quelque chose de plus sombre affleure dans le grain de la voix et dans la manière dont les morceaux s’étirent parfois au-delà du format pogo immédiat. Le groupe ne réinvente rien, mais il creuse son sillon avec une conviction qui se sent dès les premières minutes.
Une rage qui ne cherche plus à plaire
Ce qui frappe d’emblée, c’est le refus du confort. Les refrains ne sont plus systématiquement taillés pour le chant collectif en festival : certains titres avancent en ligne droite, sans concession mélodique, portés par une voix qui alterne grognement sec et chant clair plus présent que par le passé. Ce choix divise forcément les fans venus chercher uniquement le circle pit garanti, mais il donne au disque une tension plus personnelle, presque introspective sous la couche de groove metal.
La mécanique des riffs, toujours efficace
Sur le plan instrumental, la formule reste identique à elle-même : des riffs qui descendent dans le médium, une rythmique qui frappe en avant du temps pour créer ce groove reconnaissable entre mille, et des breaks pensés pour faire exploser une fosse. Les morceaux les plus courts et les plus directs fonctionnent comme toujours à plein régime, avec cette façon qu’a le groupe de faire sonner un riff simple comme une évidence. La production, dense et compacte, colle bien à cette écriture : la basse se fait sentir sans jamais voler la vedette aux guitares, et la batterie claque sans excès de compression numérique.
Le poids d’un disque pensé en deux parties
Le problème, s’il y en a un, tient justement à cette logique de double album scindé en deux sorties. Pris isolément, Dealing with Demons I donne parfois l’impression d’un ensemble de morceaux qui n’épuisent pas totalement leur sujet, comme si certaines idées attendaient leur résolution dans la suite annoncée. Le disque garde une cohérence de ton, mais il manque peut-être ce morceau référence capable de s’imposer immédiatement comme un classique du groupe, comme avaient pu le faire certains titres de leurs albums précédents. On sent un groupe qui maîtrise parfaitement son langage, mais qui le joue parfois en mode automatique sur certaines plages plus anecdotiques du milieu de tracklist.
Reste un disque honnête, qui ne triche pas avec l’identité du groupe et qui assume son statut de première moitié d’un tout plus large. Les amateurs de groove metal frontal y trouveront largement leur compte, entre riffs qui donnent envie de frapper du pied et une rage qui n’a rien perdu de sa sincérité, même après tant d’années de métier. Ce n’est pas le sommet de la discographie de DevilDriver, mais c’est une pièce solide qui donne surtout envie de découvrir comment l’histoire se referme sur le second volet. En l’état, Dealing with Demons I vaut davantage comme promesse tenue à moitié que comme œuvre totalement autonome, et c’est peut-être exactement ce que le groupe avait en tête en le concevant ainsi.








