Si Diamond Eyes avait rebranché les Deftones à leur puissance, Koi No Yokan (2012) y ajoute la grâce. Son titre, une expression japonaise désignant le pressentiment de l’amour à venir, dit tout de l’atmosphère : un disque en apesanteur, où la brutalité se fait caresse et la mélodie, vertige.

« Swerve City » et « Poltergeist » assurent la charge lourde, mais ce sont les grandes plages atmosphériques qui emportent tout : « Tempest », « Entombed », « Rosemary » déploient des paysages sonores d’une ampleur inédite, où l’électronique de Delgado et les nappes de guitare se fondent en un seul flux. Chino Moreno n’a jamais aussi bien chanté, alternant l’apaisement et la fêlure avec une maîtrise confondante.

Beaucoup y voient le sommet du groupe après White Pony, et l’argument se défend : rarement les deux visages des Deftones, le fauve et le rêveur, auront cohabité avec autant d’évidence. Un disque d’une cohérence et d’une beauté rares.

Verdict : 9. Le second sommet, celui de la maturité absolue. Un disque à faire écouter à quiconque doute qu’un groupe metal puisse être aussi beau.