Witchsorrow n’a jamais fait mystère de ses intentions : ressusciter le doom le plus orthodoxe, celui qui doit tout à Black Sabbath et à Candlemass, sans fioriture ni concession à la modernité. Avec Hexenhammer, le trio anglais confirme cette ligne de conduite avec une rigueur presque monacale. Dès les premières mesures, le riff s’installe lourd, épais, étiré jusqu’à l’os, et la voix du chanteur s’élève au-dessus avec cette inflexion traînante typique du genre, mi-incantation mi-plainte. On est en territoire connu, mais arpenté avec un sérieux qui force le respect.

Le poids du riff comme seule religion

Ce qui frappe d’abord, c’est la densité du son. Les guitares occupent tout l’espace, saturées sans être brouillonnes, avec cette basse qui suit le riff en doublure plutôt que de chercher à s’en détacher. La batterie, elle, reste sobre : des fills rares, un tempo qui ne s’accélère que pour mieux retomber dans la boue. C’est un disque qui avance par paliers, par vagues, jamais par ruptures brutales. Les morceaux les plus longs prennent leur temps pour installer une tension, la laissent macérer, puis la libèrent dans un riff final plus massif encore que tout ce qui précède. Cette patience, propre au doom traditionnel, est ici parfaitement maîtrisée : rien ne semble étiré artificiellement, chaque minute a sa raison d’être.

Une imagerie occulte sans esbroufe

L’atmosphère occulte qui traverse l’album n’a rien de théâtral ni de kitsch. Elle passe surtout par la texture du son : des guitares qui sonnent comme sorties d’une cave humide, une production qui privilégie l’épaisseur à la clarté chirurgicale. Le chant, souvent doublé ou placé en retrait dans le mix, accentue cette sensation d’incantation plus que de performance vocale classique. On pense inévitablement à Candlemass pour le lyrisme sombre, à Black Sabbath pour le groove lourd et presque bluesy de certains passages, mais Witchsorrow ne cherche jamais à dissimuler ses sources : il les assume comme un héritage à honorer plutôt qu’à dépasser.

Les limites de la fidélité

Si l’on peut reprocher quelque chose à Hexenhammer, c’est justement cette fidélité presque trop appliquée au cahier des charges du genre. Le disque ne surprend jamais vraiment, ne dévie jamais de la trajectoire tracée par ses illustres modèles. Les amateurs de doom pur et dur y trouveront exactement ce qu’ils sont venus chercher : des riffs massifs, une ambiance funèbre, une absence totale de compromis mélodique. Mais ceux qui espèrent une évolution, une touche personnelle plus marquée dans l’écriture, resteront sur leur faim. L’album fonctionne comme une pièce de collection plus que comme un geste artistique audacieux, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais limite sa portée au-delà du cercle des puristes déjà convaincus.

Hexenhammer est un disque qui assume pleinement son classicisme et le fait avec une conviction rare. Witchsorrow ne réinvente rien, mais exécute sa partition avec une densité et une constance qui forcent l’admiration pour qui aime le doom dans ce qu’il a de plus brut et de plus lent. C’est un album solide, taillé pour les amateurs du genre, mais qui ne cherchera jamais à convaincre ceux qui restent hermétiques à cette lenteur assumée. Un disque de niche, mais une niche bien tenue.