Psycroptic n’a jamais eu besoin de forcer le trait pour impressionner. Depuis Hobart, le groupe cultive une approche du death technique où la virtuosité ne sert jamais de prétexte à la démonstration gratuite. As the Kingdom Drowns confirme cette ligne : c’est un disque qui serre les dents plutôt qu’il ne les montre, dense et nerveux sans jamais sombrer dans l’exercice de style pour initiés.

La signature Haley, toujours intacte

Le jeu de guitare de Joe Haley reste le centre de gravité de tout l’édifice. Ces riffs syncopés, ces ruptures qui semblent tomber de travers avant de retomber pile sur leurs pieds, sont immédiatement reconnaissables. Sur des morceaux comme le titre d’ouverture, on retrouve ce groove tordu qui a fait la réputation du groupe depuis The Scepter of the Ancients : des phrasés qui jouent avec l’attente de l’auditeur, qui installent un motif pour mieux le casser deux mesures plus tard. Ce n’est jamais gratuit, toujours musical, même quand c’est contre-intuitif.

Une rythmique qui respire sous la tension

Ce qui frappe à l’écoute, c’est la manière dont la batterie dialogue avec ces structures en dents de scie sans jamais perdre le fil. Les double-pédales ne sont pas là pour remplir l’espace, elles ponctuent, elles accentuent les angles morts des riffs. La production, plus sèche et moins écrasante que sur certains disques antérieurs du groupe, laisse justement respirer cette mécanique : on entend chaque frappe, chaque accord, sans que l’ensemble ne se transforme en bouillie indistincte. Le chant, lui, reste fidèle à l’identité du groupe : guttural, tranchant, mais toujours au service du rythme plutôt que de la pure brutalité.

Le disque ne cherche pas à épater par la longueur ou l’accumulation de plans techniques. Il y a une économie de moyens qui fait du bien dans un genre souvent tenté par la surenchère. Les morceaux vont à l’essentiel, les transitions sont pensées, et même les passages les plus chaotiques en apparence s’inscrivent dans une logique de composition claire. On sent un groupe qui maîtrise parfaitement son vocabulaire, au point de pouvoir se permettre des respirations, des ralentissements qui rendent les accélérations suivantes encore plus efficaces.

Le prix de la familiarité

Le revers de cette maîtrise, c’est une forme de prévisibilité qui finit par poindre sur la durée de l’écoute. Ceux qui connaissent Psycroptic depuis Ob(Servant) ou l’album éponyme de 2015 ne seront pas dépaysés : les ingrédients sont les mêmes, dosés avec le même savoir-faire, mais sans véritable prise de risque supplémentaire. As the Kingdom Drowns ne réinvente rien, il consolide un territoire déjà solidement occupé. C’est un disque de vétérans qui savent exactement ce qu’ils font, et qui le font très bien, sans chercher à surprendre ceux qui attendraient un virage inattendu. Pour l’auditeur déjà conquis, c’est une confirmation savoureuse. Pour celui qui chercherait une évolution marquante dans la discographie du groupe, la déception pointe discrètement derrière la technique irréprochable. Reste un album solide, taillé pour les amateurs de death technique exigeant, qui préfère la précision chirurgicale à l’effet de manche, et qui tient parfaitement la comparaison avec le reste d’un catalogue déjà costaud.