Avec Starlight And Ash, Oceans of Slumber referme la parenthèse la plus extrême de son parcours pour renouer avec une veine plus feutrée, plus organique. Après un disque éponyme qui avait surpris par sa noirceur death metal, le groupe texan revient ici à une écriture qui laisse respirer la voix de la chanteuse, placée au centre de chaque composition comme un fil conducteur dramatique. L’ensemble sonne moins comme un disque de metal progressif au sens technique que comme une suite de pièces chambristes, lourdes et habitées, où la guitare se fait souvent discrète pour mieux laisser le chant occuper tout l’espace.

Une voix qui porte le deuil

Le chant est ici l’instrument central, et il faut reconnaître que la chanteuse livre une prestation habitée, oscillant entre murmures et éclats soul, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite. Les mélodies s’étirent, prennent leur temps, parfois jusqu’à la limite de la dilution. Il y a dans cette approche quelque chose d’assez courageux : plutôt que de multiplier les growls et les breakdowns, le groupe choisit la retenue, le silence entre les notes, les arrangements de piano qui laissent deviner une influence du rock gothique le plus mélancolique autant que du doom le plus lent.

Des guitares en clair-obscur

Les riffs, quand ils surgissent, sont lourds sans être écrasants, davantage posés en toile de fond qu’en élément moteur. On pense à certains passages de The Banished Heart, mais avec une production plus sèche, plus resserrée, qui évite l’emphase symphonique. La rythmique, elle, reste solide sans chercher à impressionner : elle sert la narration plus qu’elle ne la bouscule. C’est un choix qui peut déstabiliser les amateurs des morceaux les plus tranchants du groupe, habitués à des ruptures plus franches entre passages doux et sections saturées. Ici, la transition est presque toujours progressive, presque feutrée, ce qui donne au disque une cohérence certaine mais aussi une forme d’uniformité sur la durée.

Le poids du silence

C’est sans doute le principal défaut de Starlight And Ash : à force de vouloir instaurer une atmosphère funèbre et recueillie, certains morceaux peinent à se distinguer les uns des autres. L’auditeur patient sera récompensé par des moments de grâce, notamment lorsque la voix se fait plus fragile, presque a cappella, avant que les guitares ne reviennent en soutien. Mais l’écoute en continu peut laisser une impression de longueur, le groupe semblant parfois hésiter entre l’épure et le remplissage atmosphérique. On sent une volonté de capturer quelque chose de funéraire et de sincère, un disque pensé comme un hommage, mais cette intention transparaît parfois trop dans la lenteur du propos.

Starlight And Ash n’a pas la force de frappe immédiate de certains albums antérieurs du groupe, mais il assume pleinement sa nature de disque de deuil, lent et introspectif. C’est une œuvre qui demande de la patience, qui ne cherche pas à séduire immédiatement mais à envelopper progressivement l’auditeur dans son climat sombre et élégant. Oceans of Slumber confirme ici sa singularité dans le paysage du metal progressif et gothique, quitte à prendre le risque de perdre en intensité ce qu’il gagne en sincérité émotionnelle. Un disque imparfait mais honnête, qui vaut surtout pour ses moments de grâce vocale plus que pour son architecture globale.