Après l’accueil chaleureux réservé à Godslastering: Hymns of a Forlorn Peasantry, Hulder revient avec Verses In Oath, un disque qui ne cherche pas à renier l’héritage médiéval et crasseux qui a fait sa réputation. On retrouve cette même tension entre la rugosité du black metal le plus cru et des lignes mélodiques qui semblent échappées d’un manuscrit enluminé. La production reste volontairement sale, les guitares grincent et crissent comme du métal qu’on frotte, mais derrière ce voile de bruit se cachent des architectures de riffs bien plus travaillées qu’il n’y paraît au premier abord.

Des cloches dans la tempête

Ce qui frappe d’entrée, c’est l’usage des mélodies en fausses doubles, ces lignes de guitare qui s’entrelacent comme deux voix dans un chant grégorien corrompu. On pense parfois à une fanfare funèbre jouée par des moines ivres, tant le disque alterne entre solennité et chaos. Le chant, suraigu et déchirant, plane au-dessus de la rythmique sans jamais vraiment s’y ancrer, comme s’il venait d’un autre espace temporel que celui de la musique elle-même. Cette désynchronisation volontaire crée un malaise permanent, une sensation d’être toujours légèrement décalé par rapport à ce qu’on écoute.

La bataille des silences

Les plages plus lentes de l’album sont sans doute les plus intéressantes. Loin de la fureur blast beat habituelle, certains passages s’étirent dans des arpèges presque acoustiques dans leur texture, avant que la batterie ne revienne fracasser cette accalmie. Ce jeu entre tension et explosion rappelle les meilleures heures du black metal atmosphérique scandinave, mais avec une patine plus artisanale, presque domestique. On sent que chaque riff a été pensé comme un fragment de récit, une pierre posée dans une narration plus large sur la guerre et le serment, sans que le disque ait besoin d’un concept trop écrit pour fonctionner.

L’usure comme esthétique

Le principal défaut de Verses In Oath, c’est peut-être cette familiarité avec le disque précédent : on reconnaît la patte, les codes, les trouvailles mélodiques qui avaient déjà marqué Godslastering. Rien ici ne surprend vraiment celles et ceux qui connaissent déjà le projet, et certains morceaux du milieu de l’album peinent à se distinguer les uns des autres, noyés dans une production qui privilégie l’ambiance au détriment de la lisibilité. On aurait aimé un peu plus de prise de risque, une respiration plus franche dans la structure des morceaux, plutôt qu’une succession de motifs certes efficaces mais parfois redondants.

Il n’empêche que Verses In Oath reste un disque qui tient debout sur ses propres jambes, porté par une vraie identité sonore et une maîtrise certaine du folklore noir qu’il convoque. Ce n’est pas le genre d’album qui bouleverse les codes du black metal, mais plutôt celui qui les honore avec sincérité et un sens aigu du détail mélodique. Les amateurs du genre y trouveront largement de quoi se satisfaire, même si l’impression de redite viendra tempérer l’enthousiasme des plus exigeants. Un jalon solide, sans être le disque qui marquera une rupture dans la trajectoire de Hulder.