Il y a quelque chose d’presque liturgique dans la façon dont Hamferð construit ses disques, et Támsins Likam ne déroge pas à cette règle. Dès les premières minutes, le groupe féroïen installe un climat de gravité qui ne se dément jamais, porté par des growls caverneux et un chant clair qui plane au-dessus des riffs comme une voix venue d’ailleurs. Ce n’est pas du doom qui cherche à écraser par la lourdeur seule : c’est une musique qui prend son temps, qui respire entre deux coups de grosse caisse, qui laisse le silence faire sa part du travail.

Une voix qui porte le deuil

Le chant clair est l’élément qui distingue immédiatement ce disque de la masse du death-doom contemporain. Là où beaucoup de groupes du genre se contentent d’alterner growl et clean comme un simple effet de contraste, ici la voix haute semble porter une mélodie qui existerait presque indépendamment des guitares, presque comme un chant traditionnel greffé sur une architecture metal. Les growls, eux, restent profonds sans jamais sombrer dans la caricature gutturale : ils accompagnent, soulignent, ponctuent, sans jamais écraser l’ensemble sous une masse indigeste.

Les guitares tissent des nappes plutôt que des murs, avec des accords qui sonnent presque comme des harmonies de cordes, un son assez clair dans le mixage pour laisser transparaître chaque nuance. Les tempos restent lents, parfois funéraires, mais jamais statiques : il y a une vraie dramaturgie dans la manière dont les morceaux montent en intensité, souvent sur de longues plages où la batterie ralentit encore pour mieux repartir ensuite. On sent un groupe qui pense ses compositions comme des tableaux plus que comme des successions de riffs, avec une vraie attention portée à la dynamique d’ensemble plutôt qu’à l’efficacité immédiate.

Le poids du paysage

Ce qui frappe aussi, c’est cette sensation d’espace que dégage l’album, comme si chaque passage instrumental cherchait à évoquer quelque chose de minéral, de maritime, de battu par les vents. On ne connaît pas toujours le sens exact des paroles, chantées dans la langue du groupe, mais l’atmosphère générale suffit à faire passer une forme de mélancolie contemplative, loin du nihilisme pur que l’on trouve parfois dans le genre. Il y a une forme de beauté funèbre qui se dégage de l’ensemble, presque hymnique par endroits, qui rapproche davantage ce disque d’une cérémonie que d’un simple concert.

Une endurance récompensée

Le principal écueil d’un disque pareil, c’est évidemment la question de l’écoute : il demande du temps, de la patience, une disponibilité d’esprit que tout le monde n’a pas forcément envie d’accorder à un album de cette ampleur. Les morceaux s’étirent, les field recordings ponctuent certains passages, et il faut accepter de se laisser porter sans attendre de climax immédiat à chaque écoute. Mais pour qui accepte ce contrat, la récompense est réelle : peu de groupes dans ce registre arrivent à maintenir une telle cohérence sur la durée sans jamais tomber dans la redite ou la facilité. Támsins Likam confirme que Hamferð occupe une place à part dans le death-doom actuel, moins par la radicalité que par la justesse de son écriture et la sincérité de son atmosphère. Un disque qui demande de l’engagement, mais qui le mérite amplement.