Il y a quelque chose de presque insolent dans la manière dont Gatecreeper enfonce le clou. Après avoir imposé sa marque avec Sonoran Depravation, le groupe de Phoenix ne cherche pas à complexifier sa formule sur Deserted, il la polit, l’affûte, la rend encore plus redoutable. Ce disque ne révolutionne rien, mais il incarne à la perfection ce que le death metal old-school peut offrir de plus efficace quand il est joué avec cette conviction brute.

Le désert comme matrice sonore

Le titre n’est pas un hasard : on sent littéralement l’aridité de l’Arizona suinter de chaque riff. La production, plus large et plus charpentée que sur le précédent album, laisse respirer les guitares sans jamais perdre leur épaisseur granuleuse. Les morceaux s’enchaînent avec une logique redoutable, pensés pour l’efficacité immédiate plutôt que pour l’épate technique. Le groupe assume pleinement son influence D-beat, ces accélérations punk qui viennent casser les mid-tempos lourds et créer un contraste saisissant entre la lenteur sépulcrale et la rage la plus frontale.

Des refrains qui frappent comme des coups de marteau

Ce qui distingue vraiment Deserted, c’est cette capacité à écrire des morceaux qui restent en tête malgré leur violence. Les riffs ont une carrure presque rock, des accroches qui rappellent parfois le groove massif d’un Bolt Thrower période faste, sans jamais sacrifier la crasse propre au genre. La voix, gutturale et posée très en avant dans le mix, ne cherche pas la virtuosité mais la présence : chaque syllabe crachée semble vouloir fendre le crâne de l’auditeur. On pense parfois à Entombed pour cette capacité à transformer des structures simples en hymnes souterrains, mais Gatecreeper garde une identité propre, plus sèche, plus désertique justement.

Une cohérence qui frôle la maîtrise totale

L’un des tours de force de cet album, c’est sa capacité à maintenir l’intensité sur toute sa durée sans jamais verser dans la répétition stérile. Les ruptures de rythme sont dosées avec intelligence, les sections les plus lentes laissent toujours entrevoir l’explosion qui va suivre. La rythmique, massive et précise, porte l’ensemble avec une rigueur qui n’étouffe jamais le groove sous-jacent. C’est un disque qui donne envie de headbanguer dès les premières secondes, et qui ne relâche jamais vraiment la pression, même dans ses moments les plus pesants.

Deserted confirme ce que beaucoup pressentaient déjà : Gatecreeper fait partie des rares groupes capables de réconcilier la simplicité la plus frontale avec une écriture réellement travaillée. Ce n’est pas un disque qui cherche à impressionner par sa complexité, mais un disque qui cherche l’efficacité absolue, et qui y parvient avec une constance remarquable. On sort de l’écoute avec cette sensation rare d’avoir traversé un album qui sait exactement ce qu’il veut être, et qui l’atteint sans fioritures inutiles. Un jalon solide dans le renouveau du death metal old-school de cette décennie, porté par un groupe qui ne semble pas près de ralentir la cadence.