Quand ce premier album parait en 1990 sur Earache, la Suede ne possede pas encore de scene extreme identifiee au niveau mondial. Entombed, ne des cendres du groupe Nihilist, va renverser cette situation avec une seule galette. Enregistre au Sunlight Studio de Stockholm avec Tomas Skogsberg aux manettes, Left Hand Path invente presque a lui seul la grammaire sonore du death metal suedois, une texture que l’on reconnait des la premiere seconde et que d’innombrables groupes tenteront ensuite de reproduire.
Le son du Sunlight
Tout part de la guitare. La fameuse tonalite obtenue avec la pedale Boss HM-2 poussee dans le rouge donne ce grain de tronconneuse gorge de graves, epais, sale, presque organique. Ce n’est pas un simple gimmick de studio : c’est une signature qui va definir toute une ecole, du Stockholm du debut des annees 90 jusqu’aux groupes actuels qui revendiquent encore fierement ce timbre si particulier.
Nicke Andersson, tout juste sorti de l’adolescence, tient la batterie avec une inventivite qui depasse largement le simple blast beat, variant les appuis et les breaks. Les riffs d’Uffe Cederlund et d’Alex Hellid alternent lourdeur rampante et acceleration mordante, tandis que le growl caverneux de Lars-Goran Petrov ancre l’ensemble dans une noirceur encore juvenile mais deja parfaitement maitrisee.
Une architecture de morceaux
Le titre eponyme, qui ouvre l’album sur pres de sept minutes, est un modele de construction : intro rampante, riff central imparable, montees en tension et cette citation instrumentale finale qui cite l’esprit du genre naissant. La longueur n’y est jamais gratuite, elle sert une progression qui happe l’auditeur du debut a la fin sans jamais retomber.
Ailleurs, Drowned, Supposed to Rot ou Revel in Flesh montrent un groupe capable de concision brutale autant que de developpements plus atmospheriques. La production, brute mais etonnamment lisible, laisse respirer chaque instrument sans jamais polir les asperites. C’est un disque qui sonne dangereux, menacant, sans jamais sombrer dans le bruit informe ou la simple demonstration de force.
Un heritage durable
Left Hand Path n’est pas seulement un grand premier album, c’est une veritable pierre fondatrice. Le death metal suedois lui doit une bonne part de son identite, et des generations entieres de musiciens ont cherche a retrouver ce grain de guitare precis, jusque dans les scenes hardcore et crust actuelles qui s’en reclament ouvertement.
Entombed evoluera ensuite vers le death’n’roll, un virage plus rock et groovy qui divisera les fans, mais ce disque reste la reference absolue de leur periode la plus extreme, celle ou tout etait encore possible et ou rien n’etait fige.
Trente ans plus tard, l’ecoute n’a rien perdu de sa force ni de sa fraicheur. C’est un classique au sens le plus strict du terme : un objet qui a redefini les regles du jeu et que l’on continue de mesurer a l’aune des innombrables disques qu’il a rendus possibles. Une reussite quasi parfaite qui merite amplement sa place tout au sommet du genre.








