Deuxieme album de Borknagar, The Olden Domain (1997) confirme l’ambition du projet fonde par le guitariste Oystein Garnes Brun : marier la fureur du black metal a une dimension progressive et epique. Loin du minimalisme cru de la premiere vague, le groupe norvegien assume ici une richesse d’arrangements et une aspiration a la grandeur qui le distinguent nettement de ses contemporains. C’est un disque tourne vers l’horizon, vers les cimes et les grands espaces, ou la nature n’est pas un simple decor mais une force presque spirituelle qui traverse chaque morceau.
Un black metal ouvert et ambitieux
Des l’ecoute, on percoit une volonte de depasser les codes stricts du genre. Les structures se complexifient, les claviers apportent des nappes atmospheriques, et les guitares alternent tremolos furieux et passages plus aeres. L’album evoque autant le paganisme nordique et la nature sauvage que les tourments interieurs, dans une approche presque philosophique qui elargit le champ thematique habituel du black metal.
C’est aussi le disque qui voit l’arrivee du chanteur Simen Hestnaes (ICS Vortex), dont la voix, capable de passer du hurlement au chant clair puissant, elargit considerablement la palette expressive du groupe. Cette dualite vocale devient l’un des atouts majeurs de Borknagar, un contraste qui donne du relief a chaque composition.
La grandeur comme horizon
Ce qui frappe, c’est la sensation d’espace : les compositions respirent, s’etirent, cherchent l’envolee plutot que l’etouffement. Borknagar ne renie pas l’agressivite, mais la met au service d’une vision panoramique, presque cinematographique. Les melodies memorables et les ruptures de rythme temoignent d’une ecriture soignee, ou chaque morceau raconte une progression plutot qu’il ne repete un motif.
Sans atteindre encore la maturite parfaite de ses albums ulterieurs, le groupe pose ici les fondations de son identite progressive. On sent une formation en pleine effervescence creative, reunissant des musiciens issus d’horizons varies de la scene norvegienne, dont le clavieriste rattache a Enslaved.
Un maillon essentiel
Dans le paysage du black metal de la fin des annees 90, The Olden Domain occupe une place particuliere : celle des groupes qui ont refuse de s’enfermer dans l’orthodoxie pour explorer des territoires plus vastes. On peut lui reprocher quelques longueurs et une production qui a un peu vieilli, moins puissante que celle des disques suivants, mais son inventivite reste stimulante et son souffle intact.
C’est un jalon de la scene norvegienne progressive, une porte ouverte vers ce que le genre pouvait devenir quand il osait rever plus grand. Pour qui veut comprendre comment le black metal a su se reinventer sans se renier, ce disque est un passage oblige. Il annonce aussi la trajectoire d’un groupe qui, au fil des ans et des changements de line-up, fera de l’exploration sa marque de fabrique. Ecoute aujourd’hui, The Olden Domain conserve un souffle et une sincerite qui compensent largement ses menues imperfections. Note : 8.








