Septième album d’Architects, All Our Gods Have Abandoned Us paraît en 2016 et marque un point culminant dans la trajectoire du groupe de Brighton. Écrit en grande partie par le guitariste Tom Searle, alors gravement malade, il porte une intensité et une noirceur qui prennent, avec le recul, une résonance particulière. Le disque frappe par sa colère lucide face à un monde qui semble courir à sa perte, thème qui traverse l’ensemble des morceaux.
Une colère sans concession
Rarement Architects aura sonné aussi tranchant. Les riffs mordent, les breakdowns écrasent, la voix de Sam Carter passe du hurlement à des lignes plus mélodiques avec une aisance impressionnante. Les textes dénoncent l’inaction face aux crises écologiques et morales, sans jamais tomber dans le prêche : la fureur y est nourrie par un désespoir sincère, qui donne au propos une gravité rare dans le metalcore mainstream.
L’équilibre entre force et mélodie
Ce qui distingue le disque, c’est sa capacité à conjuguer brutalité et sens de la mélodie. Les refrains s’élèvent, majestueux, au-dessus des déferlantes de guitares, et les arrangements atmosphériques apportent une profondeur cinématographique. Cet art du contraste, entre lourdeur écrasante et envolées lumineuses, deviendra une référence pour toute une frange du metalcore moderne.
Un disque chargé d’histoire
Impossible d’écouter cet album sans penser au contexte de sa création. La maladie de Tom Searle plane sur chaque note, transformant certaines paroles en méditations presque prophétiques sur la mortalité et la fin des illusions. Cette dimension confère au disque une émotion supplémentaire, sans jamais que le groupe ne cherche à l’exploiter. On pourra regretter, çà et là, une certaine uniformité dans l’écriture, quelques titres se fondant dans une masse compacte. Mais l’impact global reste considérable, tant l’énergie et la conviction ne faiblissent jamais.
All Our Gods Have Abandoned Us s’impose comme une étape essentielle dans la maturation d’Architects, un disque puissant, sombre et profondément habité. Il annonce la stature qu’atteindra le groupe et demeure, pour beaucoup, l’un des sommets d’un metalcore britannique alors au sommet de son art. Une œuvre marquante, à la fois furieuse et étrangement belle.








