Avec Jenseits, Finsterforst referme un cycle entamé depuis des années autour de la Forêt-Noire et de ses légendes, et le fait avec une ampleur qui confirme sa place à part dans le folk metal germanique. Le titre, qui renvoie à l’idée d’un au-delà, d’un passage vers un autre monde, donne le ton d’un disque conçu comme une traversée plus que comme une succession de morceaux isolés. Dès les premières minutes, on retrouve cette dualité propre au groupe : la rugosité du black metal qui gratte et le souffle mélodique de l’accordéon qui vient adoucir, puis réchauffer, l’ensemble.
L’accordéon comme boussole
Ce qui frappe encore une fois chez Finsterforst, c’est la manière dont l’accordéon n’est jamais un gadget folklorique plaqué sur des riffs de metal. Il structure les morceaux, amène les respirations, prépare les montées en intensité et referme les parenthèses mélodiques avant que les growls ne reprennent la main. Sur Jenseits, cet instrument semble encore plus intégré à l’architecture des compositions, presque comme un second chant qui dialogue avec la voix gutturale plutôt que de simplement l’accompagner. Les guitares, elles, alternent entre trémolos glacés hérités du black metal et riffs plus épais, presque heavy, qui ancrent le disque dans quelque chose de plus massif que certains épisodes passés du groupe.
Une épopée qui prend son temps
Les morceaux ici assument des durées généreuses, et le groupe en profite pour construire de véritables arcs dramatiques plutôt que d’enchaîner les refrains. On sent une volonté de raconter quelque chose, de faire vivre un parcours plus que de cocher les cases d’un format chanson. Cette approche peut dérouter l’auditeur pressé, mais elle paie sur la durée : les relances rythmiques arrivent toujours au bon moment, portées par une batterie qui sait aussi bien marteler que ralentir pour laisser respirer les parties mélodiques. La production, dense mais lisible, permet à chaque élément, de la basse aux instruments traditionnels, de trouver sa place sans que l’ensemble ne devienne confus.
Le chant alterne les growls rauques, assez typiques du black metal, avec des parties chantées plus claires qui viennent ponctuer les moments de bascule émotionnelle. Cette variation vocale, couplée aux arrangements acoustiques disséminés ici et là, donne au disque une couleur presque cinématographique, comme si chaque morceau accompagnait une scène précise d’un récit plus vaste. On pense forcément aux grandes heures de Rastlos ou Zerfall, mais Jenseits pousse encore un peu plus loin cette logique de fresque, quitte à sacrifier parfois l’efficacité immédiate au profit de la cohérence globale de l’œuvre.
Retour en forêt, mais plus loin
Ce qui impressionne finalement avec Jenseits, c’est la capacité du groupe à rester fidèle à son identité tout en évitant la redite. On reconnaît immédiatement la patte Finsterforst, cette atmosphère de forêt dense, mystique, presque menaçante, mais les arrangements semblent plus ambitieux, les transitions plus travaillées, l’écriture plus mûre. Ce n’est pas un disque facile d’accès, il demande du temps et plusieurs écoutes pour en saisir toutes les nuances, mais c’est précisément ce qui en fait une proposition qui tient la distance. Avec Jenseits, le groupe livre l’un de ses albums les plus aboutis, un disque qui confirme sa position de référence du folk metal allemand sans jamais céder à la facilité.








