Après le succès planétaire de The Gereg, The Hu avait une équation délicate à résoudre : comment prolonger la formule sans se répéter ? Rumble of Thunder répond par l’accumulation plutôt que par la rupture. On retrouve le même carburant, chant de gorge, morin khuur, guitares saturées et batterie taillée pour les stades, mais le geste est plus assuré, parfois plus théâtral. Le disque s’ouvre sur des figures martiales qui rappellent d’emblée que ce groupe pense ses morceaux comme des chevauchées, avec une montée en puissance progressive et une volonté affichée de frapper fort dès les premières secondes.

Black Thunder, carte de visite

Le titre qui a annoncé l’album donne le ton : riff lourd, refrain scandé, section où le morin khuur dialogue avec la guitare électrique sans jamais être relégué au rang de simple ornement exotique. C’est l’une des forces constantes de The Hu depuis ses débuts : l’instrument traditionnel n’est pas un gadget folklorique plaqué sur du metal générique, il porte la mélodie, il structure le morceau. Ici, la production signée Dashka insiste sur les basses fréquences et les percussions, cherchant un son massif, presque cinématographique, qui fonctionne à merveille en festival mais qui, à l’écoute en salon, peut lasser par sa densité constante.

Une ambition qui aplanit les aspérités

Le revers de cette montée en gamme, c’est une certaine uniformité de tempo et de dynamique sur l’ensemble du disque. Les morceaux s’enchaînent avec une énergie comparable, martiale, grandiloquente, et l’on regrette parfois l’absence de respirations plus intimes, de passages où le chant de gorge serait laissé seul face au silence. The Gereg avait cette capacité à alterner les charges épiques et les moments plus suspendus ; Rumble of Thunder privilégie une ligne plus homogène, plus calibrée pour l’impact immédiat, au risque de voir certains titres se fondre les uns dans les autres à la réécoute.

Le folklore comme moteur, pas comme costume

Ce qui sauve l’ensemble, c’est la sincérité de la démarche. Le chant de gorge reste le véritable instrument lead du groupe, modulé avec une maîtrise technique impressionnante, et les arrangements orchestraux qui viennent épaissir certains refrains donnent au disque une ampleur qu’on ne trouve que rarement ailleurs dans le genre. Le groupe ne cherche pas à imiter le metal occidental en y greffant des sonorités mongoles : il part de sa propre tradition musicale et y injecte la rage électrique. C’est cette logique inversée qui continue de distinguer The Hu de la plupart des projets qui flirtent avec le folk metal sans en avoir la légitimité culturelle.

Rumble of Thunder confirme donc davantage qu’il ne surprend. Le groupe a trouvé sa formule et s’y tient, avec un soin de production qui vise large et une énergie scénique palpable même à travers les enceintes. On aurait aimé un peu plus de prise de risque dans les structures, quelques détours qui viendraient casser la linéarité de l’ensemble, mais l’identité sonore reste unique en son genre et continue de porter haut une tradition que peu de groupes savent transformer en arme de rock sans la dénaturer. Un disque solide, qui tient sa promesse sans la dépasser.