Il y a quelque chose de presque pudique dans la manière dont TesseracT aborde Sonder. Après les architectures labyrinthiques d’Altered State, le groupe de Milton Keynes resserre son écriture et mise sur l’épure. Exit les segments instrumentaux tentaculaires, place à des chansons qui vont droit au but, portées par le chant clair qui occupe enfin tout l’espace qu’il mérite. Ce choix a divisé une partie des fans historiques du djent le plus cérébral, mais il révèle un groupe qui assume pleinement sa dimension mélodique sans pour autant renier la lourdeur qui a fait sa réputation.
Juno, ou l’art de la tension contenue
Le morceau qui ouvre réellement le disque après l’intro atmosphérique illustre parfaitement cette nouvelle économie de moyens. Les guitares baryton restent graves et syncopées, le groove reste tordu, mais tout est mis au service d’une ligne de chant qui monte en puissance sans jamais verser dans l’esbroufe technique. La production, très léchée, place la voix en avant, quitte à sacrifier un peu de la texture granuleuse des guitares qu’on connaissait auparavant. C’est un choix de mixage assumé qui change la perception de l’ensemble du disque : on est moins dans la sidération technique que dans l’adhésion émotionnelle.
Le chant comme colonne vertébrale
Le chanteur livre ici une prestation qui structure littéralement chaque titre. Sur des morceaux comme Beneath My Skin ou Luminary, les mélodies se déploient avec une patience qui tranche avec l’urgence rythmique habituelle du groupe. Les refrains sont pensés pour être chantés, presque pop dans leur construction, ce qui n’empêche pas les ruptures de mesure et les riffs en dents de scie de ressurgir ponctuellement pour rappeler l’identité djent du groupe. Cette tension entre accessibilité et complexité rythmique est au cœur de Sonder, et elle fonctionne la plupart du temps, même si certains passages instrumentaux auraient mérité qu’on leur laisse un peu plus de place pour respirer et se développer pleinement.
Une cohérence d’ensemble qui impressionne
Ce qui frappe à l’écoute répétée, c’est la cohérence de l’ensemble. Le disque fonctionne comme un tout, avec des transitions pensées, des reprises de motifs mélodiques d’un titre à l’autre, une vraie logique d’album plutôt qu’une succession de morceaux. Les claviers et nappes synthétiques, discrets mais présents, donnent une texture presque onirique à certains passages, notamment sur les plages plus lentes où le groupe laisse l’atmosphère prendre le dessus sur la technique pure. On sent une maturité dans l’écriture, une volonté de raconter quelque chose plutôt que d’empiler des prouesses instrumentales, et cette intention transparaît à chaque titre sans jamais sembler artificielle.
Sonder n’est pas le disque le plus spectaculaire de TesseracT sur le plan technique, et ceux qui cherchent les polyrythmies vertigineuses d’Altered State pourront rester sur leur faim par endroits. Mais c’est peut-être le disque où le groupe assume le mieux sa propre identité, celle d’un ensemble capable de marier la froideur mathématique du djent à une sensibilité mélodique rare dans ce milieu. L’équilibre trouvé ici entre lourdeur et grâce, entre calcul rythmique et émotion à fleur de peau, en fait une étape essentielle dans le parcours du groupe, un disque qui vieillit remarquablement bien et qui continue de révéler de nouvelles nuances à chaque écoute.








