Deuxieme album solo de King Diamond, Abigail est en 1987 l’un des grands albums concept du metal. Le chanteur danois, ancien de Mercyful Fate, y deploie une histoire de fantomes complete, jouee comme une piece de theatre horrifique du debut a la fin. Rarement le metal aura autant ressemble a un roman gothique mis en musique, avec ses codes et ses frissons soigneusement dosis.
Une histoire portee jusqu’au bout
Le recit suit Jonathan La Fey et sa femme Miriam, installes dans un manoir hante par l’esprit d’une enfant, Abigail. Les prophesies, les cavaliers, la naissance maudite: tout s’enchaine avec une logique narrative rare dans le metal, ou l’ambiance prime d’ordinaire sur l’intrigue.
King Diamond ne se contente pas d’evoquer une ambiance, il construit une intrigue, avec ses personnages, ses rebondissements et son denouement tragique. Cette ambition fait d’Abigail une reference du concept album, imitee mais rarement egalee, un modele de coherence entre musique et propos qui a inspire d’innombrables successeurs.
Une voix theatrale
King Diamond utilise sa voix comme un instrument dramatique. Il alterne falsetto perchant, graves menacants et intonations quasi parlees pour incarner tour a tour les differents protagonistes, comme un acteur seul en scene qui jouerait tous les roles.
Ce jeu vocal, deroutant au premier abord, devient vite le coeur de l’experience: on ne suit pas seulement une musique, on assiste a une representation. Chaque personnage a sa propre couleur vocale, ce qui permet de suivre l’histoire sans jamais se perdre, comme dans un veritable radiodrame porte par une mise en scene sonore.
Un ecrin musical soigne
Autour de lui, le duo de guitares d’Andy LaRocque et Michael Denner tisse des harmonies elegantes et des solos inspires, tandis que la section rythmique soutient le recit sans jamais l’ecraser ni voler la vedette au chant.
La production laisse de la place a l’atmosphere, essentielle a un disque aussi narratif, et les arrangements soulignent chaque moment cle de l’intrigue. Loin d’etre un simple accompagnement, la musique participe pleinement a la mise en scene, dosant tension et repit avec une precision remarquable pour maintenir le suspense.
Des Arrival a Black Horsemen, Abigail se savoure comme un tout indivisible. C’est un album exigeant, qui recompense l’ecoute attentive et l’immersion. Plus de trente ans apres, il demeure la pierre de touche du metal a concept horrifique, l’oeuvre qui a definitivement installe King Diamond comme un conteur unique en son genre, capable de transformer un disque en spectacle.








