Publié en 2018, Only Self est le premier album de Jesus Piece, formation de Philadelphie qui s’est imposée comme l’une des voix les plus lourdes du hardcore métallique contemporain. Le disque conjugue la puissance écrasante du beatdown, la noirceur du metal et des touches atmosphériques qui élargissent le propos. Le résultat est un objet dense et menaçant, qui impose d’emblée une identité redoutable et signale l’arrivée d’un groupe capable de conjuguer l’agression la plus frontale avec un sens aigu de l’ambiance et de la construction.
Une lourdeur écrasante
La marque de fabrique de Jesus Piece réside dans le poids de son groove. Les riffs, graves et tranchants, s’abattent avec une force presque physique, portés par une rythmique implacable qui privilégie l’impact à la vitesse. Les breakdowns, taillés pour le mosh, dégagent une intensité brute qui rappelle les racines hardcore du groupe, tout en intégrant une dimension plus métallique et sombre. La production, dense et sombre, sert cette vision : le son est massif, presque suffocant, avec une basse qui vrombit et des guitares qui saturent l’espace, plongeant l’auditeur dans une atmosphère oppressante.
Des textures qui enrichissent le propos
Loin de se limiter à la frappe, Only Self ménage des passages atmosphériques, des nappes dissonantes et des interludes qui ajoutent une profondeur inattendue. Ces respirations, loin d’affaiblir l’ensemble, renforcent le contraste avec les moments les plus violents, créant une dynamique qui maintient la tension. Cette capacité à conjuguer brutalité et ambiance distingue le groupe de nombreux contemporains plus monolithiques, et confère au disque une cohérence rare, où chaque morceau semble refermer ses murs autour de l’auditeur pour ne plus le lâcher jusqu’à la dernière note.
Une entrée remarquée
Only Self a immédiatement marqué la scène hardcore, révélant un groupe capable de conjuguer agression pure et vision artistique. En mêlant les codes du beatdown, du metal et une sensibilité plus atmosphérique, Jesus Piece a proposé une formule personnelle qui a rapidement séduit au-delà des cercles hardcore les plus stricts, jusqu’à attirer l’attention d’un public plus large et exigeant. Cette reconnaissance rapide, pour un premier album aussi frontal, témoigne de la solidité d’une proposition qui n’avait rien à envier aux groupes déjà établis, et qui affichait dès ses premières minutes une maturité surprenante.
Au final, Only Self s’impose comme un premier album particulièrement abouti, qui pose les fondations d’une identité forte et cohérente. Sa lourdeur maîtrisée, sa noirceur assumée et son sens du contraste en font un disque marquant, représentatif d’une nouvelle génération de groupes qui repoussent les limites du hardcore métallique. Pour qui aime la musique lourde, sombre et intense, Only Self demeure une écoute incontournable, un début fracassant qui a durablement placé le groupe sur la carte de la scène extrême contemporaine et posé un jalon dont l’influence continue de se faire sentir.





