Il y a quelque chose d’immuable chez Insomnium, une fidélité à une certaine idée du chagrin qui ne faiblit jamais vraiment, album après album. Avec Heart Like a Grave, le groupe de Joensuu ne cherche pas à se réinventer, il creuse encore le même sillon, celui d’une mélancolie nordique transformée en matière sonore. Et pourtant, ce disque sorti en 2019 chez Century Media trouve une manière de sonner frais sans jamais trahir l’identité qui a fait sa réputation depuis des années.
L’arrivée d’un nouveau bretteur
Ce disque marque l’arrivée du guitariste Jani Liimatainen dans les rangs du groupe, et son influence se fait sentir sans bouleverser l’équilibre existant. Les doubles leads mélodiques restent la colonne vertébrale de la musique, mais on sent parfois une écriture plus ramassée, des soli qui respirent différemment, une présence supplémentaire dans les textures de guitare qui épaissit le son sans l’alourdir. Rien de révolutionnaire, mais une nuance qui donne au disque une vigueur discrète.
Le morceau-titre, Heart Like a Grave, illustre bien cette tension entre lourdeur et grâce : un riff qui avance par vagues, un growl rocailleux qui alterne avec des clairs mélancoliques, et cette manière bien à eux de faire déborder l’émotion sans jamais tomber dans le pathos facile. Wail of the North, choisi en single, résume à lui seul la proposition du groupe : une intro portée par les claviers, un refrain mélodique qui s’accroche immédiatement, puis une accélération rythmique qui rappelle que ce groupe sait aussi frapper fort quand il le veut. C’est un titre qui fonctionne en concert comme sur disque, ce qui n’est pas si fréquent dans ce sous-genre souvent plus contemplatif que frontal.
Pale Morning Star, ou la lumière grise
Il y a sur ce disque des moments plus sombres, presque funèbres, et d’autres où une lumière timide perce à travers les nuages, comme sur Pale Morning Star, où les mélodies acquièrent une teinte presque lumineuse avant de replonger dans l’obscurité habituelle. Cette alternance entre clarté et ténèbres est au cœur de ce que ce groupe fait de mieux : composer une musique qui évoque des paysages, forêts enneigées, lacs gelés, sans jamais sombrer dans le cliché pittoresque. La voix growl reste rauque et profonde, posée sur des rythmiques qui privilégient le mid-tempo, avec des accélérations ponctuelles qui viennent casser la torpeur sans jamais virer à la brutalité gratuite.
La production, soignée sans être clinique, laisse respirer les guitares et donne de l’espace aux arrangements de claviers, qui ne sont jamais décoratifs mais bien intégrés à l’ossature des morceaux. On pourra regretter que certains passages rappellent de façon un peu trop évidente les disques précédents du groupe, et que l’ensemble ne surprenne jamais vraiment l’auditeur habitué à leur discographie. Mais c’est aussi la force de ce disque : offrir ce qu’on attend d’Insomnium, avec juste assez de finesse dans l’écriture pour que l’exercice ne sonne jamais mécanique. Heart Like a Grave ne révolutionne rien, mais confirme avec élégance la place du groupe parmi les références du death mélodique, celles qui savent transformer la tristesse en quelque chose de profondément habité.








