Sorti en 2018, Springtime and Blind est le premier album de Fiddlehead, groupe de Boston réunissant des musiciens issus de formations respectées de la scène hardcore, notamment Have Heart et Basement. Ce hardcore mélodique nerveux et concis frappe par sa densité émotionnelle : le chanteur Patrick Flynn y explore le deuil, en particulier celui de son père, avec une honnêteté brute. On sent d’emblée que ce disque ne relève pas du simple projet parallèle, mais d’une nécessité personnelle, portée par des musiciens aguerris qui savent exactement où ils vont.
Un supergroupe discret
Le disque va vite et droit au but, avec des morceaux courts et énergiques qui ne s’attardent jamais. Les guitares, à la fois mélodiques et tranchantes, rappellent l’âge d’or du hardcore mélodique des années 1990, tout en gardant une fraîcheur bien à elles. La rythmique pousse constamment vers l’avant, sans temps mort, et l’ensemble tient sur une durée réduite qui accentue son impact. Il n’y a pas de gras, pas de remplissage : chaque morceau frappe, dit ce qu’il a à dire, et laisse place au suivant.
Le chagrin comme moteur
Ce qui distingue Fiddlehead, c’est le chant parlé-crié de Flynn, à mi-chemin entre le hurlement hardcore et la déclamation urgente. Ses textes, chargés de chagrin mais jamais complaisants, donnent au disque une profondeur qui dépasse le simple exutoire. On ressort de l’écoute touché, comme après une conversation intime. Le groupe parvient à transformer une douleur très personnelle en quelque chose d’universel, sans jamais forcer le trait ni sombrer dans l’apitoiement, ce qui n’a rien d’évident quand on parle de deuil.
La force de la concision
On pourra regretter la brièveté de l’ensemble, qui file en une petite demi-heure et laisse parfois sur sa faim. Certains morceaux mériteraient de respirer davantage, de développer un peu plus leurs idées avant de s’arrêter. Mais cette économie fait aussi partie du charme du disque : elle lui donne une intensité concentrée, un côté coup de poing qui colle parfaitement à l’esthétique hardcore.
Springtime and Blind est un premier album maîtrisé et profondément humain, qui confirme que le hardcore mélodique a encore beaucoup à dire. Sincère et cathartique, il mérite amplement l’attention des amateurs du genre, et a posé les bases d’une trajectoire que le groupe allait ensuite continuer d’affiner avec constance.








