Après le choc de God’s Country, Chat Pile n’avait pas vraiment le choix : soit répéter la formule, soit l’étendre. Le groupe d’Oklahoma City a choisi la deuxième option avec Cool World, disque qui reprend les obsessions du précédent (la misère, la violence sociale, l’effondrement du quotidien américain) mais qui élargit le cadre à une échelle plus large, presque planétaire. Le titre, emprunté à un film des années 90, donne le ton : une atmosphère malsaine, un monde qui se décompose sous nos yeux sans qu’on puisse détourner le regard.

Son et production

La production reste sale, épaisse, presque suffocante, mais elle gagne en netteté par rapport au premier album. Les basses tremblent comme des machines industrielles à l’arrêt, la guitare avance par vagues de feedback contrôlé, jamais virtuose mais toujours efficace pour créer un malaise physique. La rythmique, lourde et répétitive, agit comme un métronome anxiogène : on n’est pas dans la démonstration technique, on est dans l’oppression sonore, calculée pour user les nerfs plutôt que pour impressionner.

Temps forts

La voix du chanteur reste l’élément le plus dérangeant de l’ensemble : entre le chant parlé, le cri étranglé et la diatribe presque psychotique, elle porte des textes qui parlent aussi bien de catastrophes lointaines que de désastres intimes. Certains morceaux avancent en boucles hypnotiques qui rappellent le noise rock le plus abrasif, d’autres ralentissent jusqu’à un sludge suffocant, presque catatonique. L’ensemble ne cherche jamais le confort : chaque titre semble vouloir enfoncer un peu plus le clou de l’inconfort, sans jamais sombrer dans la caricature horrifique. C’est un disque qui reste habité, presque habitable malgré sa noirceur, parce que la sincérité de la colère qu’il porte ne semble jamais feinte.

Verdict

Cool World confirme que Chat Pile n’est pas un accident de parcours mais un groupe qui sait où il va : plus ample que son prédécesseur, tout aussi oppressant, mais avec une vision plus large, presque cosmique, de la déliquescence qu’il décrit. On pourra regretter que certains morceaux traînent un peu en longueur, que la formule finisse par montrer ses limites sur la durée d’un album entier. Mais l’intensité rarement démentie, la cohérence de l’ambiance et la voix hallucinée du chanteur suffisent à faire de ce disque l’un des sommets du noise rock contemporain. Un album qui ne cherche pas à plaire, et c’est justement pour ça qu’il marque.