Avec That’s the Spirit, publié en 2015, Bring Me the Horizon franchit un cap décisif. Le groupe de Sheffield, autrefois enraciné dans un metalcore agressif, embrasse ici pleinement une esthétique rock à la portée immense, où les nappes électroniques et les refrains fédérateurs prennent le pas sur les hurlements. Ce virage, longtemps amorcé, s’accomplit ici avec une confiance et une cohérence qui font de l’album l’un des plus marquants de leur carrière.
Un tournant assumé vers le grand public
Oli Sykes délaisse largement le cri au profit d’un chant clair, mélancolique, parfois presque vulnérable. Les compositions, portées par le travail de Jordan Fish sur les claviers, gagnent en clarté et en accessibilité sans renier toute lourdeur. Le résultat sonne comme un rock alternatif de stade, taillé pour les foules, mais traversé d’une noirceur qui l’empêche de basculer dans la facilité pure.
La lumière et l’ombre
Sous ses refrains accrocheurs, That’s the Spirit cache des thèmes sombres : dépression, addiction, mal-être, désillusion. Ce contraste entre la douceur des mélodies et la douleur des textes constitue le cœur battant du disque. Oli Sykes y met en scène ses propres démons avec une honnêteté désarmante, transformant la souffrance en hymnes cathartiques que le public reprendra à pleins poumons.
Une réinvention réussie
Bien sûr, les puristes de la première heure ont crié à la trahison, regrettant l’agressivité des débuts. Mais réduire ce disque à un simple reniement serait injuste : il s’agit plutôt d’une évolution logique, celle d’un groupe qui ose élargir son horizon sans perdre son identité émotionnelle. La production, léchée et moderne, sert parfaitement cette ambition. Certains titres frôlent le formatage pop, et l’album manque parfois de l’aspérité qui rendait le groupe unique. Mais l’efficacité est indéniable, et la sincérité du propos désamorce la plupart des critiques.
That’s the Spirit s’impose comme un disque charnière, celui qui a propulsé Bring Me the Horizon vers les sommets tout en assumant une mue radicale. Accessible sans être creux, mélancolique sans être plombant, il capture l’air d’une époque et confirme que le groupe est devenu bien plus qu’une formation de metalcore : un phénomène capable de toucher un public immense.








