Il y a quelque chose de presque ironique dans le fait qu’un disque intitulé Below sonne parfois aussi lumineux. Caleb Shomo n’a jamais caché que ses textes puisaient dans la dépression et l’anxiété, mais sur ce disque, la noirceur du propos se heurte à des refrains qui frôlent la pop rock la plus solaire. C’est tout l’intérêt de la chose : on avance sur un fil tendu entre la rage hardcore des débuts et une envie assumée de composer des mélodies qui restent en tête, quitte à perdre au passage une partie de la brutalité qui avait fait la réputation du groupe.
Des synthés qui infiltrent le riff
Dès les premiers morceaux, on sent que Shomo a ouvert la cage. Les guitares restent lourdes, taillées dans un son moderne et compact, mais elles cohabitent désormais avec des nappes électroniques et des programmations qui donnent à l’ensemble une texture presque industrielle par endroits. Le chant alterne toujours entre le cri rauque, caractéristique de la voix du groupe, et des parties clean beaucoup plus travaillées, parfois mixées en avant au point de dominer complètement certains refrains. Ce choix de production, signé par Shomo lui-même, assume clairement une volonté de toucher plus large, et ça fonctionne par séquences entières, moins par d’autres.
La fatigue comme matière première
Le fond du disque tourne autour de l’épuisement, mental autant que physique, et cette thématique irrigue aussi bien les paroles que les structures de morceaux. Ce qui frappe surtout, c’est la sincérité du chant. Shomo ne joue jamais la carte du cri gratuit : chaque montée de voix semble avoir une raison d’être, une tension précise à libérer. Les mélodies vocales, même quand elles flirtent avec un format très accessible, gardent une urgence qui empêche le disque de sombrer dans la facilité. Le revers de la médaille, c’est que certains morceaux plus calibrés pour les refrains chantés en chœur manquent un peu de surprise une fois qu’on a repéré la formule, et l’identité hardcore du groupe se dilue par moments dans cette recherche d’efficacité immédiate.
Entre hymne et breakdown
Certains titres avancent en ligne droite, couplet-refrain-couplet, avec une efficacité presque radiophonique, quand d’autres gardent des ruptures plus brutales, des breakdowns qui rappellent d’où vient le groupe. Cette alternance peut dérouter à la première écoute : on passe d’un hymne presque stadium rock à un passage beaucoup plus hargneux sans transition évidente, et il faut plusieurs écoutes pour sentir que cette instabilité colle en réalité au sujet du disque, cette sensation de ne jamais savoir sur quel pied danser émotionnellement. Loin d’être un défaut de construction, ce balancement finit par devenir le vrai fil conducteur de l’album, sa façon à lui de traduire une instabilité intérieure plutôt que de simplement la raconter.
Below n’est donc pas le disque qui ira chercher les puristes du genre les plus intransigeants, et ce n’est visiblement pas son ambition. C’est un album de transition assumé, qui cherche à élargir le vocabulaire du groupe sans renier complètement sa rage initiale, avec des réussites franches et quelques baisses de tension. On en ressort avec l’impression d’un groupe qui teste ses limites plutôt que de les répéter, et c’est suffisamment rare dans ce registre pour mériter l’écoute, même si l’ensemble ne tient pas toujours la comparaison avec la fureur plus homogène de ses prédécesseurs.








