Le titre annonce la couleur : Landfall, le moment où l’ouragan touche la côte. Sorti le 9 octobre chez Fearless Records, le nouvel album de Wage War débarque avec l’assurance d’un groupe qui remplit désormais de grandes salles et le sait. Treize titres, quarante-deux minutes, pas une seconde de flottement : les Floridiens ont construit une machine. Reste à savoir si la machine raconte encore quelque chose.

L’art du refrain blindé

Sur la forme, difficile de prendre le groupe en défaut. Le morceau-titre, lâché en éclaireur avant la sortie, condense la recette : riff de béton, couplet crié à fleur de nerfs, puis ce refrain énorme, taillé pour être repris par cinq mille personnes, poings levés. La production est d’une propreté chirurgicale, chaque breakdown tombe exactement où le corps l’attend, chaque montée de chant clair arrive à la mesure près. C’est précisément cette efficacité qui impressionne d’abord, puis qui finit par interroger : à force de ne jamais surprendre, le disque donne parfois l’impression d’exécuter un plan plutôt que de vivre une urgence.

Entre rage et radio

Car Wage War poursuit ici sa mue entamée depuis plusieurs albums : le metalcore des débuts cohabite avec un metal alternatif aux ambitions radiophoniques, electronica discrète en sous-sol, mélodies porteuses en façade. Quand l’équilibre fonctionne, on tient certains des morceaux les plus fédérateurs de leur discographie, de ceux qui transforment une fosse en chorale. Quand il penche trop du côté lisse, la rage sonne comme un décor. Le disque alterne ainsi les deux visages sans vraiment choisir, et cette indécision est à la fois sa force commerciale et sa limite artistique. Il faut dire que le groupe arrive à un carrefour que toute la scène metalcore connaît par cœur : celui où l’on a conquis sa génération et où il faut décider si l’on vieillit avec elle ou si l’on part chercher la suivante. Landfall répond en ménageant les deux publics, et on comprend le calcul, les refrains sont trop bons pour bouder, les breakdowns trop précis pour douter du métier.

Toucher terre, pas renverser la table

Au bout du compte, Landfall fait exactement ce qu’on attend de lui, ni plus ni moins. Les fans y trouveront du carburant pour les tournées à venir, les nouveaux venus une porte d’entrée idéale vers le metalcore moderne, et les autres un disque solide qui s’écoute d’une traite puis s’estompe. L’ouragan touche terre avec puissance ; il ne redessine pas la côte.

Verdict Purkas : 7/10. Une machine de guerre parfaitement huilée, assez costaude pour défendre le statut live du groupe, pas assez audacieuse pour marquer l’année.