Boundaries ne fait pas dans la demi-mesure. Depuis le Connecticut, le groupe creuse un sillon où le metalcore rencontre le hardcore metallique le plus abrasif, et avec Death Is Little More, cette trajectoire atteint un point de densité rarement entendu dans sa discographie. L’album avance comme une masse compacte, sans jamais chercher le répit mélodique facile : chaque morceau semble construit pour écraser plutôt que pour séduire, et c’est précisément ce parti pris qui rend l’écoute aussi éprouvante que fascinante.
Une voix qui déchire plus qu’elle ne chante
Le chant occupe une place centrale dans cette noirceur. Les cris sont rauques, tirés du fond de la gorge, jamais théâtraux mais toujours habités par une urgence presque physique. Il n’y a pas de pose ici, pas de double voix claire venue adoucir le propos : tout est frontal, abrupt, et cette intransigeance vocale colle parfaitement à la lourdeur instrumentale qui l’accompagne. Les riffs de guitare, souvent accordés très bas, créent un tapis sonore épais sur lequel viennent s’écraser des breakdowns qui ne cherchent jamais l’esbroufe technique, mais l’impact pur.
Le breakdown comme langage
C’est dans la construction des morceaux que Boundaries affine son identité. Les transitions sont pensées pour amener le silence juste avant l’explosion, ce moment suspendu où la batterie ralentit, où la guitare s’efface presque, avant que tout ne retombe dans un déferlement de double grosse caisse et de power chords syncopés. Cette mécanique, bien connue du hardcore metallique, est ici exécutée avec une précision chirurgicale qui évite l’écueil de la répétition : chaque breakdown semble avoir sa propre texture, son propre poids, sa propre noirceur. La production, dense et sèche, renforce cette sensation d’oppression permanente sans jamais sombrer dans la saturation stérile.
Entre noirceur et lassitude
Si l’intensité de Death Is Little More impressionne, elle finit aussi par poser une question légitime : jusqu’où peut-on maintenir une telle tension sans respiration ? L’album ne laisse que très peu d’espace à la nuance, et cette absence quasi systématique de contraste peut, sur la durée, émousser l’impact de certains morceaux qui, pris isolément, seraient pourtant redoutables. On sent une volonté farouche de ne jamais désarmer l’auditeur, mais cette intransigeance a un revers : la fatigue guette, et certains passages finissent par se fondre les uns dans les autres, noyés dans une même teinte de gris sombre.
Reste que Boundaries confirme ici sa place parmi les groupes qui comptent dans le metalcore actuel. Death Is Little More n’est pas un disque qui cherche à plaire, mais un disque qui cherche à frapper, et dans cette optique, il atteint largement son objectif. Les amateurs de riffs écrasants et de breakdowns calculés au millimètre y trouveront largement de quoi se satisfaire, même si l’ensemble aurait peut-être gagné à respirer un peu plus pour mieux faire ressortir ses moments les plus forts. Un disque sombre, dense, parfois répétitif, mais qui ne triche jamais sur son intention : écraser sans fard.








