Il y a quelque chose de presque pervers dans la manière dont Gorod parvient à rendre la complexité agréable à écouter. A Maze of Recycled Creeds arrive en 2015 avec cette étiquette encombrante de référence française du tech-death, et le groupe ne la fuit pas : il la pousse encore plus loin, jusqu’à un point où la virtuosité cesse d’être une démonstration pour devenir un langage naturel. Ce disque marque aussi l’arrivée d’un nouveau batteur derrière les fûts, et son jeu irrigue tout l’album d’une précision presque chirurgicale, sans jamais sacrifier le groove qui fait la marque de fabrique du groupe.
Des architectures qui respirent
Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont les morceaux sont construits comme des labyrinthes, au sens propre du titre. Les structures ne sont jamais linéaires : elles tournent, reviennent sur elles-mêmes, ouvrent des couloirs inattendus. Mais contrairement à beaucoup de disques du genre qui s’enlisent dans la technique pure, Gorod garde toujours un fil mélodique tendu au-dessus du chaos rythmique. Les guitares tissent des motifs qui empruntent autant au death metal le plus anguleux qu’à une forme de lyrisme presque progressif, avec des harmonies qui rappellent parfois le jazz-fusion sans jamais tomber dans le pastiche gratuit.
Une voix qui tranche dans la masse
Le chant, lui, reste un gouffre guttural qui ancre le tout dans une brutalité bien réelle. Il y a un équilibre subtil entre la froideur technique des instruments et cette voix qui vient rappeler que malgré toute la sophistication déployée, on reste dans un disque de death metal qui veut cogner. Les breaks rythmiques, souvent amenés par des ruptures de tempo brutales, viennent casser l’élan mélodique pile au bon moment, comme pour remettre les field d’un pied sur terre après une envolée trop aérienne.
Le piège de la perfection
Si l’album a un défaut, c’est peut-être cette propension à trop bien faire les choses. La production est impeccable, chaque instrument occupe un espace clairement défini dans le mixage, chaque note semble avoir été pesée et soupesée avant d’être posée. On pourrait regretter une certaine aseptisation, l’absence de ces scories qui donnent parfois du relief à un disque de metal extrême. Mais c’est aussi ce qui permet à l’auditeur de suivre les méandres de compositions aussi denses sans se perdre complètement : la clarté du son devient ici un outil de narration plutôt qu’un simple confort d’écoute.
A Maze of Recycled Creeds confirme que Gorod a trouvé sa formule et sait la faire évoluer sans jamais la trahir. Ce n’est pas un disque qui cherche à révolutionner le genre, mais plutôt à le peaufiner, à en polir les angles jusqu’à obtenir quelque chose qui tient à la fois de l’exercice de style et de la pièce d’orfèvrerie. Les amateurs de tech-death y trouveront largement de quoi se satisfaire, portés par des compositions qui demandent plusieurs écoutes pour révéler toutes leurs strates. Ce disque s’impose comme un jalon solide dans la discographie du groupe, à la croisée de la technicité la plus pointue et d’une forme de musicalité qui refuse de sacrifier l’émotion sur l’autel de la performance pure.








