Troisieme album d’Iron Maiden, The Number of the Beast (1982) est le disque de la mue. C’est le premier avec Bruce Dickinson au chant, dont la voix operatique et la puissance ont donne au groupe une dimension nouvelle. Produit par Martin Birch, il transforme un groupe prometteur de la nouvelle vague du heavy metal britannique en tete d’affiche mondiale. Martin Birch, qui restera le producteur du groupe durant toute la decennie, y sculpte un son clair et puissant, et le duo de guitares forme par Dave Murray et Adrian Smith y tisse des harmonies jumelles devenues une marque de fabrique du heavy metal melodique.

L’arrivee d’une voix

Le depart de Paul Di’Anno et l’arrivee de Dickinson changent la nature meme du groupe. La ou le chant precedent tirait vers le punk, Dickinson apporte ampleur et theatralite. On l’entend des Children of the Damned, qui monte progressivement, et surtout sur Hallowed Be Thy Name, recit d’un condamne marchant vers la potence, sommet dramatique de l’album et de tout le repertoire du groupe.

Steve Harris, bassiste et principal compositeur, structure les morceaux comme de courtes histoires, avec galops caracteristiques et parties instrumentales soignees. Clive Burr, a la batterie, y apporte une souplesse qui contraste avec la rigidite de beaucoup de disques de l’epoque.

Des titres devenus des standards

Run to the Hills, avec son galop et son propos sur la colonisation de l’Amerique, est devenu l’un des morceaux les plus reconnaissables du groupe. La chanson-titre, inspiree d’un cauchemar de Harris, s’ouvre sur une citation biblique et a nourri les accusations de satanisme aux Etats-Unis, alors que le texte decrit precisement un reve angoissant, non une profession de foi. La polemique americaine, loin de nuire au groupe, amplifia sa notoriete et braqua les projecteurs sur un disque qui n’avait nul besoin de scandale pour convaincre. Le galop caracteristique de la basse de Steve Harris y trouve l’une de ses expressions les plus celebres.

Le disque ne se resume pas a ses singles. The Prisoner, inspire de la serie televisee, et 22 Acacia Avenue montrent une ecriture ambitieuse, capable de varier les ambiances sans perdre en efficacite.

Un tournant historique

Premier numero un du groupe au Royaume-Uni, l’album installe Iron Maiden au premier plan et fixe une formule que la formation declinera durant toute la decennie: recits epiques, twin guitars, refrains a reprendre en choeur. Sa mascotte Eddie, deja presente, gagne ici en notoriete.

Plus qu’un simple bon disque, The Number of the Beast marque le moment ou le heavy metal britannique trouve son porte-drapeau le plus durable. Notre note de 9 salue un album fondateur, dont l’influence sur tout le metal melodique qui a suivi reste immense, et dont plusieurs titres n’ont jamais quitte les setlists. Reedite et joue sans relache depuis, il reste le disque par lequel d’innombrables auditeurs sont entres dans l’univers d’Iron Maiden et, bien souvent, dans le heavy metal tout court. Rares sont les albums qui auront a ce point defini l’identite d’un groupe.