Quand Bloodbath sort Resurrection Through Carnage en 2002, le projet est deja pare de l’etiquette flatteuse de supergroupe. Reunissant des musiciens issus d’Opeth et de Katatonia, deux fleurons de la scene suedoise, la formation se donne une mission parfaitement claire : ressusciter le death metal old school suedois du debut des annees 90, avec passion, connaissance intime du sujet et sans jamais tomber dans la nostalgie facile.
Un hommage vivant
Ce premier album complet est avant tout une veritable declaration d’amour au son de Stockholm. On y retrouve le grain de guitare epais et bourdonnant, les riffs rampants et l’atmosphere putride qui evoquent directement Entombed ou Dismember. Mais Bloodbath ne se contente jamais de copier servilement : le groupe injecte sa propre energie et un metier consomme dans une formule qu’il connait par coeur.
Le chant de Mikael Akerfeldt, ici tout en growl profond et caverneux, tres loin des nuances et du chant clair qu’il deploie dans Opeth, ancre le disque dans une brutalite jouissive et totalement decomplexee. Cette performance vocale demontre l’etendue de son registre et son amour sincere pour les racines du genre.
Le plaisir du riff
Resurrection Through Carnage est avant tout un veritable festival de riffs efficaces et immediatement mortiferes. Anders Nystrom et ses acolytes enchainent les motifs avec un sens de l’accroche redoutable et une generosite constante. Des morceaux comme Breeding Death, issu de l’EP eponyme qui avait lance le projet, ou Ways to the Grave, avancent avec une lourdeur groovy proprement irresistible.
La production, epaisse et resolument organique, respecte scrupuleusement l’esthetique de reference tout en offrant une clarte moderne bienvenue qui rend chaque riff percutant et lisible. C’est un equilibre delicat entre fidelite au modele et rendu contemporain, parfaitement negocie.
Une resurrection reussie
Bloodbath a joue un role reellement important dans le regain d’interet pour le death metal suedois classique au debut des annees 2000, a une periode ou le genre semblait quelque peu delaisse au profit d’autres tendances. Ce disque a rappele a toute une scene la puissance intemporelle de cette formule et a inspire de nombreux groupes revivalistes.
Le projet connaitra ensuite plusieurs changements de chanteur, Akerfeldt ne pouvant se consacrer pleinement a cette activite parallele, mais cette premiere pierre reste sans doute la plus spontanee et la plus enthousiasmante de toute la discographie du groupe.
Ce n’est pas un album revolutionnaire, et il ne cherche a aucun moment a l’etre. C’est un exercice de style parfaitement execute, porte de bout en bout par le plaisir evident de musiciens chevronnes qui retournent avec bonheur a leurs premieres amours. Un disque genereux, direct et immediat, qui remplit exactement sa promesse. Pour qui veut comprendre pourquoi le vieux son de Stockholm exerce une telle fascination, ce disque constitue une porte d’entree aussi joyeuse qu’efficace, et un modele du genre revivaliste bien mene.








