Il y a des disques qui arrivent au bon moment, avec la bonne attitude et le bon lot de riffs pour rappeler que le death metal n’a jamais eu besoin de se réinventer pour taper fort. Lesions of a Different Kind, premier album d’Undeath, appartient à cette catégorie. Le quintet de Rochester ne cherche pas midi à quatorze heures : il pioche dans l’héritage du death old-school américain, celui des mid-tempo écrasants et des growls caverneux, et le ressert avec une gourmandise qui fait plaisir à entendre.
Une imagerie de film d’horreur série B
Dès les premières secondes, le ton est donné : zombies, chairs en décomposition, hôpitaux hantés, l’imagerie horrifique classique irrigue chaque titre comme une bande-son de film d’exploitation des années 80. Mais Undeath évite l’écueil du pastiche vide : les riffs sont écrits avec un vrai sens de la mélodie souterraine, jamais gratuits, toujours au service d’une efficacité redoutable. Le chant, profond et articulé, raconte littéralement des histoires de cadavres et de putréfaction sans jamais sombrer dans le grotesque inutile. C’est cartoonesque, assumé, et terriblement jouissif.
Le groove avant la technique
Ce qui frappe surtout, c’est le refus de la surenchère technique gratuite. Undeath préfère le groove, les breaks qui donnent envie de hocher la tête, les blast-beats dosés avec intelligence plutôt qu’en continu. La rythmique martèle sans relâche mais sait aussi ralentir pour installer des passages plus lourds, presque doom par instants, avant de repartir dans des galops qui rappellent le meilleur du death suédois et américain réunis. La production, épaisse sans être étouffante, laisse respirer chaque instrument : la basse gronde, la double pédale claque sec, les guitares ont ce grain granuleux qui sent le studio analogique sans sacrifier la lisibilité.
Des morceaux qui restent en tête
C’est sans doute la plus grande réussite de ce disque : des morceaux de mort writés comme de vraies chansons, avec des refrains qu’on retient, des relances qui tombent pile au bon moment, une structure qui ne s’éternise jamais. On sent un groupe qui a grandi en écoutant autant Cannibal Corpse que des disques plus mélodiques, et qui a su digérer ces influences sans jamais sonner comme une simple compilation de riffs empruntés. Il y a une vraie personnalité qui se dégage, portée par une énergie presque festive malgré le sujet macabre. On sourit presque en l’écoutant, ce qui est rare pour un disque aussi frontalement brutal.
Lesions of a Different Kind n’invente rien, et c’est précisément pour cela qu’il fonctionne aussi bien : Undeath assume pleinement son statut d’héritier plutôt que de prétendre révolutionner quoi que ce soit. Le résultat est un disque généreux, bien construit, qui ne s’embarrasse jamais de temps morts et qui donne furieusement envie de retourner voir le groupe sur scène. Pour un coup d’essai, l’assurance est déjà là : les riffs sont solides, l’alchimie entre les musiciens évidente, et le plaisir de jouer ce genre de musique transpire à chaque titre. On pourra regretter une certaine linéarité sur la durée totale de l’écoute, certains morceaux se ressemblant un peu trop dans leur structure, mais l’enthousiasme communicatif qui se dégage de l’ensemble balaie largement cette réserve. Un très bon point de départ pour un groupe qui allait confirmer par la suite tout le bien qu’on pouvait penser de lui.








