Quatrième album studio du groupe du New Jersey, One of Us Is the Killer arrive en 2013 comme une nouvelle démonstration de force d’une formation qui n’a jamais accepté de se répéter. Depuis ses débuts, The Dillinger Escape Plan cultive une réputation de bête de scène et de laboratoire sonore, capable de faire cohabiter la violence la plus abrupte avec une précision presque chirurgicale. Ce disque prolonge cette quête tout en resserrant l’écriture, comme si le chaos avait enfin trouvé une forme d’ordre.

Le chaos maîtrisé

Dès les premières mesures, la marque de fabrique du groupe saute aux oreilles : des riffs anguleux, des changements de mesure vertigineux et une batterie qui semble défier la gravité. Pourtant, ce qui frappe ici, c’est la lisibilité de l’ensemble. Les morceaux les plus abrasifs ne cherchent pas seulement à assommer l’auditeur, ils construisent une tension puis la relâchent avec un sens du timing remarquable. La technique reste ahurissante, mais elle se met au service de la chanson plutôt que de l’exploit gratuit.

La voix de Greg Puciato

Le chanteur Greg Puciato incarne à lui seul les deux visages du groupe. Il passe du hurlement écorché au chant clair avec une aisance troublante, et c’est souvent dans ces passages mélodiques que le disque gagne en profondeur. Le morceau titre illustre parfaitement cet équilibre : porté par une ligne vocale presque douce, il installe un climat oppressant avant de basculer dans la fureur. Cette dualité, loin d’affaiblir le propos, lui donne une dimension émotionnelle rare dans un genre souvent réduit à sa seule brutalité.

Un équilibre difficile

La force de Ben Weinman et de ses complices tient dans leur capacité à naviguer entre extrêmes sans jamais perdre le fil. Les incursions électroniques, les nappes atmosphériques et les respirations plus posées ne sont pas des concessions mais des respirations nécessaires, qui rendent les assauts suivants encore plus violents. On sent une formation en pleine possession de ses moyens, consciente que la rage ne vaut que si elle sait aussi se taire.

Au bout du compte, One of Us Is the Killer confirme le statut de The Dillinger Escape Plan comme référence incontournable du mathcore. Ce n’est peut-être pas leur album le plus radical, mais c’est sans doute l’un de leurs plus aboutis, un disque qui exige de l’attention et récompense chaque écoute par de nouveaux détails. Pour qui veut comprendre comment le désordre peut devenir une forme d’art, il constitue un point d’entrée idéal, exigeant et gratifiant à la fois.